Qu'est-ce que la retraite progressive ?

La retraite progressive est un dispositif qui permet à un salarié ayant atteint l'âge légal de départ de réduire son temps de travail tout en commençant à toucher une fraction de sa pension de retraite. L'employeur et le salarié concluent un accord pour réduire la durée de travail (par exemple, passer de 100 % à 60 % du temps plein), et la Sécurité sociale verse une partie de la pension de retraite proportionnelle à la réduction.

Le contrat de travail reste actif, les cotisations continuent de s'accumuler sur les revenus du temps partiel, et le salarié n'a pas à cesser complètement son activité. C'est un dispositif distinct du cumul emploi-retraite, qui suppose une liquidation totale des droits.

À qui s'adresse ce dispositif ?

Principalement aux cadres en fin de carrière qui souhaitent solder progressivement leur activité professionnelle avant une retraite définitive. C'est une alternative au passage brutal du temps plein à l'inactivité totale.

Conditions d'éligibilité en 2026

Pour bénéficier de la retraite progressive, quatre conditions cumulatives doivent être remplies.

1. Âge minimum : 60 ans

L'assuré doit avoir atteint l'âge de 60 ans. Cet âge est le même pour les salariés relevant du régime général et pour les cadres cadres relevant du régime ARRCO. Aucune dispense n'est possible sur ce critère.

2. Trimestres cotisés : 4 trimestres avant la demande

Le salarié doit avoir cotisé au moins 4 trimestres de retraite au cours des 2 années précédant la demande. Pour les cadres, cela correspond à environ 4 trimestres validés au régime général ou au régime ARRCO avant la date d'effet de la retraite progressive.

3. Accord employeur formalisé

La mise en place de la retraite progressive nécessite un accord entre l'employeur et le salarié. Cet accord peut prendre plusieurs formes : accord collectif d'entreprise, convention collective, ou à défaut accord individuel écrit. L'employeur n'a aucune obligation d'accepter : il s'agit d'une démarche volontaire de part et d'autre.

4. Réduction du temps de travail d'au moins 20 %

La durée de travail doit diminuer d'au moins 20 % par rapport à la durée prévue par le contrat ou la convention collective. En pratique, la réduction est souvent de 40 à 50 % (ex. : passage de 35 h à 20 h par semaine).

Critère Condition requise Vérification
Âge 60 ans révolus Date de naissance + date d'effet
Trimestres ≥ 4 trimestres dans les 2 dernières années Relevé de carrière CNAV
Accord employeur Accord écrit (collectif ou individuel) Convention collective ou avenant
Réduction horaire ≥ 20 % du temps plein Contrat de travail modifié
Spécificité cadres : la condition AGIRC-ARRCO

Les cadres ont besoin d'au moins 100 points AGIRC-ARRCO pour pouvoir liquider leur retraite complémentaire. Lors d'une retraite progressive, la CNAV verse la pension de base, et l'AGIRC-ARRCO verse la pension complémentaire — à condition que le seuil soit atteint. Si les droits sont insuffisants, le régime complémentaire ne peut pas être versée.

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Calcul de la pension partielle : ce que vous toucheriez réellement

Le montant de la pension servie en retraite progressive correspond à la fraction de la pension totale que représente la réduction d'activité. Le principe est simple : vous percevez une partie de votre retraite future, proportionnelle à la réduction de votre temps de travail.

Formule de calcul

Le montant de la pension partielle dépend de votre taux d'activité après la réduction :

  • Si vous travaillez à 50 % d'un temps plein : vous percevez 50 % de votre pension de retraite complète.
  • Si vous travaillez à 60 % : vous percevez 40 % de votre pension complète.
  • Si vous travaillez à 70 % : vous percevez 30 % de votre pension complète.

La pension complète de référence est calculée sur la base de votre durée d'assurance totale (régime général + AGIRC-ARRCO), avec les mêmes règles que pour une liquidation classique (taux plein, décote ou surcote le cas échéant).

Exemple concret pour un cadre né en 1964 :

Salaire annuel moyen : 55 000 € · Durée d'assurance : 168 trimestres (taux plein) · Passage à 50 % du temps plein à 60 ans.

Pension complète estimée : 2 200 €/mois net · Pension progressive versée : 50 % × 2 200 = 1 100 €/mois

+ Salary remaining on 50 % activity : ~1 700 €/mois net

= Total resources monthly: ~2 800 €/mois vs ~2 200 € en retraite définitive

Plafonds et planchers en 2026

La pension de retraite progressive ne peut pas être inférieure au montant minimum de pension (minimum contributif). Le montant maximum est la pension complète que vous auriez eue si vous aviez liquidé à ce même moment. Pour les cadres, la pension complémentaire AGIRC-ARRCO s'ajoute à la pension de base dans le calcul de la pension complète de référence.

Minimum contributif : 716,68 €/mois en 2026

Si le calcul de votre pension partielle donne un montant inférieur au minimum contributif (après majoration possible au titre de la majoration pour enfants), c'est ce montant minimum qui vous sera versé. Ce minimum est réévalué chaque année au 1er janvier.

Durée d'activité minimum

Il n'existe pas de durée minimale de temps partiel requise. Cependant, l'accord doit prévoir une réduction d'au moins 20 %. L'accord peut prévoir une durée déterminée (par exemple 1 an, renouvelable) ou indéterminée, avec possibilité de revenir à temps plein sur accord des deux parties.

Impact sur vos droits AGIRC-ARRCO

C'est l'un des avantages majeurs de la retraite progressive pour les cadres : vous continuez de cotiser. Chaque mois de travail à temps partiel génère des cotisations retraite complémentaire qui viennent s'ajouter à vos droits AGIRC-ARRCO existants.

Des cotisations qui continuent de s'accumuler

Pendant la période de retraite progressive, vous occupez toujours un poste de cadre. Votre contrat de travail est actif. Les cotisations AGIRC-ARRCO sont prélevées sur votre salaire temps partiel et génèrent des points de retraite complémentaire. Ces points viennent s'ajouter à votre compte AGIRC-ARRCO.

Les points AGIRC-ARRCO acquis en activité partielle sont calculés sur le même mode qu'en activité normale : le taux de cotisation est de 7 % pour la part salariale et 12,15 % pour la part employeur sur la tranche 1 (dans la limite du Plafond de la Sécurité sociale). Les points acquis sont immédiatement liquidables en cas de liquidation définitive.

Points gratuits et majorations

Les périodes de retraite progressive ne génèrent pas de majoration spécifique au titre de la surcote sur la partie AGIRC-ARRCO (cette majoration s'applique uniquement sur la pension de base). Cependant, les points AGIRC-ARRCO acquis pendant cette période continuent de bénéficier des mécanismes de valorisation (revalorisation du point AGIRC-ARRCO chaque année, au 1er octobre).

Point clé pour les cadres

En retraite progressive, chaque trimestre cotisé à temps partiel génère des points AGIRC-ARRCO qui viennent s'ajouter au capital existant. Plus vous continuez à travailler (même à temps partiel), plus votre retraite définitive sera élevée — à la fois par accumulation de points et par valorization des points existants.

Élément Régime général AGIRC-ARRCO
Pension servie Fraction selon réduction horaire Fraction selon réduction
Cotisations pendant la période Oui, sur salaire temps partiel Oui, sur salaire temps partiel
Points/droits acquis Trimestres validés (si ≥ 2 Smic/mois) Points AGIRC-ARRCO acquis
Revalorisation des droits existants Non (pension en cours de service) Oui, chaque 1er octobre
Liquidité à la liquidation définitive Droits définitivement arrêtés Tous points liquidables

La surcote : le bonus si vous continuez au-delà de l'âge légal

Si vous continuez à travailler au-delà de l'âge légal de départ à la retraite (62 ans en 2026 pour les assurés nés entre 1955 et 1960), chaque trimestre cotisé en plus de la date d'âge légal ouvre droit à une majoration de votre pension : c'est la surcote.

Taux de surcote en 2026

Le taux de surcote de la Sécurité sociale est de 1,25 % par trimestre supplémentaire cotisé. Cela signifie qu'une année complète (4 trimestres) au-delà de l'âge legal ouvre droit à une majoration de 5 % de la pension de base.

Sur la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, le mécanisme est différent : au-delà de 67 ans (âge du taux plein automatique), les trimestres au-delà de cet âge bénéficient d'une majoration de 0,75 % par trimestre pour la portion ARRCO.

Exemple de calcul de surcote :

Cadre né en 1962, âge légal : 62 ans (2024). Poursuite d'activité jusqu'à 64 ans en retraite progressive = 8 trimestres de surcote.

Pension mensuelle de base (taux plein) : 1 800 €

Surcote : 8 × 1,25 % = 10 % → Majoration = 180 €/mois

Pension de base majorée : 1 980 €/mois (+10 %)

+ points AGIRC-ARRCO complémentaires acquis pendant ces 2 ans

Surcote en pratique en retraite progressive

En retraite progressive, vous êtes déjà en possession d'une partie de votre pension. La surcote s'applique sur la pension de base de la Sécurité sociale. Les majorations s'appliquent à chaque revision annuelle de la pension (réévaluation au 1er janvier de chaque année en fonction de l'indice des prix).

Si vous continuez au-delà de l'âge du taux plein automatique (67 ans), la pension de base est automatiquement liquidée au taux plein de 50 %, sans décote, et les majorations pour retard (surcote) continuent de s'appliquer sur les trimestres supplémentaires.

Comparaison avant / après : quel gain réel pour un cadre ?

La meilleure façon de comprendre l'intérêt de la retraite progressive, c'est de comparer les chiffres. Prenons le cas d'un cadre de niveau 5 (coefficient 250), né en 1964, ayant cotisé 168 trimestres au régime général et 8 500 points AGIRC-ARRCO.

Scénario A — Départ classique à 64 ans (sans retraite progressive)

Élément Montant / valeur
Pension de base (régime général, taux plein) 1 850 €/mois
Pension AGIRC-ARRCO (~8 500 pts, valeur 1,4153 €) 1 203 €/mois
Pension totale mensuelle 3 053 €/mois
Âge de départ 64 ans
Mois de retraite touchés (jusqu'à 85 ans) 252 mois
Total perçu sur 21 ans 769 356 €

Scénario B — Retraite progressive à 60 ans, temps plein → 50 % pendant 4 ans

Élément Montant / valeur
Pension servie pendant la phase progressive (50 %) 1 527 €/mois pendant 48 mois
Revenu activité à 50 % (temps partiel) ~1 700 €/mois net pendant 48 mois
Ressources totales mensuelles (phase progressive) ~3 227 €/mois
Points AGIRC-ARRCO supplémentaires acquis (4 ans × temps partiel) ~480 points supplémentaires
Pension définitive à 64 ans (base + complémentaire majorée) ~3 230 €/mois
Surcote acquise (si liquidation à 64 ans après 4 ans de RP) 8 trimestres × 1,25 % = +10 % sur pension de base
Pension totale mensuelle définitive (taux plein + surcote) ~3 350 €/mois
Total perçu sur 21 ans (60-85 ans) ~860 000 €
Écart total sur 21 ans

Dans cet exemple, la retraite progressive génère environ 91 000 € de plus qu'un départ classique à 64 ans, pour un effort financier quasi nul pendant la phase de transition (le salaire temps partiel compense la pension partielle). Ce calcul ne prend pas en compte la valorisation des points AGIRC-ARRCO ni l'inflation des pensions.

Conditions clés de ce calcul

Ce résultat suppose : accord employeur obtenu, passation à 50 % du temps plein, 4 années pleines de retraite progressive, liquidation définitive à 64 ans. Le gain réel dépend de votre salaire, de votre durée d'assurance et des accords de votre entreprise.

Retraite progressive vs cumul emploi-retraite : quelle différence ?

Ces deux dispositifs permettent de cumuler activité et retraite, mais leurs mécanismes sont très différents. Voici la comparaison pour vous aider à choisir.

Critère Retraite progressive Cumul emploi-retraite
Condition d'âge 60 ans (pas de liquidation préalable) 62 ans ou plus + liquidation de tous ses droits
Liquidation des droits Partielle — vous touchez une fraction Totale — tous les droits sont liquidés
Cotisations retraite Oui — accumulation continue Selon le mode : intégral (nouveaux droits) ou plafonné (pas de nouveaux droits)
Pension servie Proportionnelle à la réduction d'activité Intégrale (cumul intégral) ou plafonnée (cumul plafonné)
Accords employeur Accord obligatoire (collectif ou individuel) Aucune condition d'accord spécifique
Plafond de revenus Aucun plafond — vous travaillez ET touchez une pension En cumul plafonné : revenus ≤ 1,6 Smic (2 053 €/mois en 2026)
Nouveaux droits AGIRC-ARRCO Oui — points acquis à chaque mois travaillé Cumul intégral : oui · Cumul plafonné : non
Impact sur la pension définitive Augmente (cotisations + surcote possible) Augmente en cumul intégral · Stable en cumul plafonné
Recommandation pour les cadres 60-62 ans

Si vous êtes cadre et que vous avez encore des droits AGIRC-ARRCO à optimiser (peu de points acquis avant 60 ans, carrière encore active), la retraite progressive est généralement plus intéressante que le cumul plafonné. Vous touchez immédiatement une pension partielle ET vous continuez à accumuler des droits sans plafond de revenus. Si vous avez déjà une retraite complémentaire très complète, le cumul emploi-retraite peut être plus simple à mettre en place.

Pour une analyse approfondie du cumul emploi-retraite, consultez notre guide complet : Cumul emploi-retraite 2026 : règles, plafonds et stratégie pour cadres.

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Démarches administratives et délais en 2026

La demande de retraite progressive se fait auprès de la Carsat (Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail) de votre région de résidence. Voici les étapes à suivre.

Étape 1 : Vérifier votre éligibilité (2-4 semaines)

Avant de formaliser votre demande, demandez un relevé de carrière actualisé auprès de la CNAV (via votre espace personnel sur lassuranceretraite.fr) ou auprès de votre Carsat. Vérifiez : nombre de trimestres, âge de départ legal, somme des points AGIRC-ARRCO. Un audit Relevia peut vous aider à reconstituer votre situation complète.

Étape 2 : Obtenir l'accord de l'employeur (variable)

Vous devez obtenir un accord écrit de votre employeur. Selon votre convention collective, un accord collectif d'entreprise peut déjà prévoir les modalités de la retraite progressive. Sinon, vous devrez négocier un avenant à votre contrat de travail. Prévoyez 2 à 8 semaines pour cette étape selon les entreprises.

Étape 3 : Déposer la demande auprès de la Carsat (4-6 semaines)

La demande se fait en ligne via votre espace personnel sur le site de l'Assurance Retraite, ou par courrier auprès de votre Carsat. Vous devrez fournir :

  • Relevé de carrière ou attestation de droits
  • Accord employeur (copie de l'avenant ou accord collectif)
  • bulletins de salaire des 3 derniers mois à temps plein
  • Rib pour le versement de la pension

Délai de traitement

Le délai moyen de traitement d'une demande de retraite progressive par la Carsat est de 4 à 6 semaines à compter de la réception du dossier complet. Le premier versement intervient au plus tard le mois suivant la date d'effet choisie.

Dates d'effet possibles

La retraite progressive peut prendre effet le 1er jour d'un mois. Vous pouvez demander une date d'effet future (par exemple, dans 2 mois) pour laisser le temps à votre employeur de formaliser l'accord et à votre dossier d'être traité.

Obligations pendant la retraite progressive

Pendant la durée de la retraite progressive, vous devez :

  • Déclarer chaque année vos revenus à la Carsat et à l'AGIRC-ARRCO pour le recalcul de la pension
  • Informer la Carsat de tout changement de situation (rupture du contrat, passage à temps plein)
  • Conserver les bulletins de salaire comme preuves de cotisations

En cas de rupture du contrat de travail pendant la retraite progressive (démission, licenciement), le dispositif prend fin et vous basculez automatiquement en cumul emploi-retraite ou en retraite classique selon votre âge.

Quel scénario pour vous ?

La retraite progressive n'est pas adaptée à toutes les situations. Voici les profils pour lesquels elle est la plus intéressante, et ceux pour lesquels elle pose question.

Scénarios où la retraite progressive est optimale

  • Cadres en très bonne santé à 60 ans qui veulent réduire progressivement sans arrêter brutalement. La réduction d'activité de 40-50 % permet de libérer du temps tout en maintenant des revenus confortables.
  • Cadres ayant peu de points AGIRC-ARRCO avant 60 ans. Chaque année supplémentaire de cotisations (même à temps partiel) génère des points qui majoreront significativement la pension définitive.
  • Cadres avec un salaire élevé (supérieur à 4 Smic) : la pension en retraite progressive est calculée sur le salaire de référence complet, et la réduction à 50 % offre un équilibre rarement atteint dans d'autres dispositifs.
  • Cadres en entreprise avec accord collectif déjà existant : pas de négociation individuelle nécessaire, mise en place rapide.

Scénarios où le cumul emploi-retraite peut être préférable

  • Cadres dont l'employeur refuse la retraite progressive (ce droit n'est pas une obligation légale) — le cumul emploi-retraite permet de reprendre une activité sans accord préalable.
  • Cadres souhaitant liquider à 62 ans sans phase de transition — la liquidation totale en cumul permet de bénéficier du taux plein plus rapidement.
  • Cadres en profession libérale ou portage salarial : ces statuts ne sont pas adaptés à la retraite progressive (accord employeur requis), le cumul emploi-retraite est alors la seule option.

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